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Mobiliser le territoire pour penser le developpement dans une perspective durable et inclusive : regards geographiques

October 6, 2026
Faculté des Sciences Humaines et Sociales. Université Ibn Tofail. Kenitra

Argumentaire

Le XXIᵉ siècle se caractérise par une succession de crises systémiques — environnementales, climatiques, économiques, sociales et géopolitiques — qui remettent profondément en question les modèles classiques de développement. À mesure que s’amplifient les dérèglements écologiques, la raréfaction des ressources, les inégalités socio-spatiales et la pression urbaine, repenser les rapports des sociétés à leur territoire, objet classique de la recherche géographique, devient une exigence scientifique, politique et sociétale. Dans ce contexte, le territoire apparaît comme un cadre d’analyse incontournable et un levier stratégique pour concevoir un développement véritablement durable et inclusif. Il s’agit de passer d’un développement « pour » le territoire à un développement « par » le territoire. (Pecqeur, 2005, Niang et al. 2020 Aderghal et al, 2016).

Cette réflexion prend au Maroc une dimension particulière en raison de la diversité des milieux naturels (littoraux, montagnes, zones steppiques et oasiennes, plaines agricoles, espaces sahariens), de la pluralité des dynamiques environnementales et sociales et de la profondeur des transformations institutionnelles en cours. Elle prend une résonance particulière dans le cadre du processus de régionalisation avancée, conçu à la fois comme un instrument de gouvernance territoriale et comme un levier pour la mise en œuvre d’un nouveau modèle de développement. Prolongement des politiques de décentralisation et de déconcentration initiées depuis plusieurs décennies, la régionalisation avancée tend à redistribuer les compétences et les moyens entre administrations publiques et collectivités territoriales, sans pour autant effacer le rôle régulateur de l’État, qui demeure garant de la cohérence nationale des dynamiques de développement.

Cependant, malgré les efforts consentis, les inégalités territoriales demeurent fortes : fracture entre les régions, vulnérabilités environnementales, inégal accès aux ressources et pressions croissantes sur les milieux naturels, disparités urbain-rural, marginalisation des périphéries. Les indicateurs du Haut-Commissariat au Plan, tout comme les travaux de recherche, soulignent la persistance de ces déséquilibres structurels (El Aoufi et Hanchane, 2016, Ministère de l’Aménagement du territoire, 2018, Jaidi, 2025, Berriane (dir.), 2025). Sous l’effet conjugué du dérèglement climatique, de la rareté de l’eau, de la dégradation des sols et de la pression urbaine, les rapports entre milieux naturels, sociétés humaines et espaces habités se recomposent selon des dynamiques complexes et contrastées. Des processus de changement qui engendrent de nouvelles formes de différenciation spatiale et d’inégalités territoriales, mettant la durabilité des ressources et la résilience des sociétés au centre des orientations politiques des Etats. Ces constats appellent à repenser les cadres territoriaux du développement, non pas selon de simples découpages administratifs (région, province, commune), mais selon une lecture dynamique des territoires, fondée sur les flux, les complémentarités et les interdépendances.

Dans ce contexte, la géographie offre un cadre d’analyse pertinent. Elle fournit les bases matérielles, environnementales et dynamiques qui conditionnent l’organisation des espaces et les trajectoires socio-économiques. En étudiant les milieux naturels, leurs ressources, leurs contraintes et leurs vulnérabilités, elle permet de comprendre pourquoi les territoires évoluent différemment. En fait, elle met en lumière la manière dont les sociétés produisent, perçoivent et transforment leurs environnements, tout en interrogeant les politiques publiques censées garantir une gestion équilibrée et équitable des territoires. Comment, dès lors, un développement local peut-il se réinventer sans dépendre exclusivement des décisions venues d’en haut ? Comment concevoir des territoires capables de résilience, d’innovation et d’inclusion dans un monde en mutation ?

L’objectif de ce colloque est d’analyser et de comprendre comment la mobilisation du territoire - dans ses dimensions physiques, sociales, économiques et environnementales - peut constituer un levier pour repenser le développement. Il s’agit d’interroger les capacités des sociétés à faire face aux crises systémiques actuelles (climatiques, environnementales, sociales, économiques), tout en examinant les inégalités spatiales persistantes et les recompositions socio-écologiques qui reconfigurent les rapports des hommes à la nature. Dans un Maroc où sont engagées de profondes réformes (régionalisation avancée, transition énergétique, planification écologique, nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré), la question clé est de savoir comment la mobilisation des spécificités territoriales - milieux, ressources, dynamiques environnementales et sociales et dispositifs de gouvernance - peut-elle permettre de construire un modèle de développement durable et inclusif, capable de réduire les inégalités spatiales et de renforcer la résilience des sociétés et leur territoire face aux crises actuelles ?

Axes thématiques

  1. Milieux naturels, dynamiques environnementales et inclusion territoriale

Les milieux naturels et les dynamiques environnementales jouent un rôle central dans l’inclusion territoriale. L’analyse des vulnérabilités environnementales permet de mieux comprendre la capacité des territoires à développer leur résilience face aux risques et aux perturbations climatiques. La gestion équitable des ressources - qu’il s’agisse de l’eau, des sols ou de la biodiversité - constitue un enjeu majeur pour garantir l’équité spatiale et assurer un développement durable. Dans ce cadre, l’adaptation aux changements climatiques soulève des questions à la fois sociales et territoriales, tandis que l’aménagement du territoire doit intégrer la prévention des risques naturels afin d’assurer la durabilité des espaces et la sécurité des populations.

  1. Fractures et inégalités socio-spatiales, une géographie de la fragmentation

Les inégalités territoriales demeurent fortes et s’expriment à travers diverses fractures spatiales qui séparent centres et périphéries et se matérialisent par de multiples formes d’exclusion sociale. L’objectif de cet axe est de présenter une géographie de ces fractures et de démontrer comment elle se déploient à différentes à échelles, entre ville et campagne, et à l’intérieur des espaces urbains et ruraux. 

  1. Politiques publiques, gouvernance et justice territoriale

Les politiques publiques et les modes de gouvernance représentent également des leviers essentiels pour renforcer la justice territoriale. La territorialisation des politiques environnementales et sociales permet de mieux répondre aux besoins locaux, tandis que la régionalisation avancée et les gouvernances multi-niveaux offrent de nouvelles perspectives pour la cohésion des territoires. Les notions de justice environnementale et de justice spatiale invitent à interroger les pratiques existantes, en mobilisant notamment des outils géographiques d’aide à la décision et des indicateurs capables de mesurer l’inclusion territoriale.

  1. Innovations territoriales et résilience locale

L’innovation territoriale apparaît comme un moteur essentiel pour renforcer la résilience locale. Les approches croisées des inégalités sociales et territoriales éclairent de nouvelles pistes d’action, où les communautés locales jouent un rôle déterminant dans la gestion des milieux. A partir d’études de cas pris dans différents milieux géographiques, l’objectif de cet axe est de voir si la valorisation de la diversité culturelle, l’intégration des savoirs endogènes et la reconnaissance des pratiques locales sont en mesure d’enclencher des processus d’inclusion spatiale plus juste et durable, en mobilisant les ressources propres à chaque territoire.